Éternité et immortalité
Petites variations philosophiques...

I - La  méditation de la mort

 

La première démarche du philosophe, lorsqu’il se détourne du monde pour se livrer à la spéculation, est de méditer sur la mort. Car s’il connaissait la mort, il saurait toute la vérité sur la vie. Semblable à Adam avant le péché, il ne connaîtrait pas le tragique du désir, il ne connaîtrait pas l’angoisse. Un instant de détente au milieu de ses jeux multiples, et voici l’homme obligé de faire face à la question qui s’impose essentielle, inéluctable : «  Que signifie tout cela ? »

II - La découverte de l'éternité

Si je pense la mort dans la durée, c’est qu’elle est par rapport au moi d’aujourd’hui un événement futur. Mais qui m’empêche de supposer qu’au moment précis où je mourrai, je la verrai sous un autre jour, non pas événement temporel, mais acte irréductible extra-temporel ? J’ai déjà l’expérience du sommeil. Au moment où le moi tombe dans le gouffre béant de l’inconscience, il a franchi sa limite sans le savoir lui-même, car la conscience a ceci de particulier que nous ne savons pas que nous la perdons. Je ne sais donc rien sur le grand passage.

III - Le conflit de la vie et de l'être

Ce moi éternel pourrait-il nous guérir de l’angoisse de l’immortalité ? Lorsque je le pressens, c’est comme une région de paix qui m’appelle, une région où la ligne du temps n’existe plus, où je n’ai plus le soucis de nier la mort ou de la désirer. Il n’y a plus le vide, l’ennui, mais la plénitude de l’être. Mais cette région n’est jamais atteinte. Le moi présente cette étrange contradiction d’être éternel et de se dérouler nécessairement dans le temps. Les rares moments où sa destinée éternelle se dessine au loin, comme une promesse, sont des moments d’infidélité à la vie.

IV - Présent et instant

Puisque ni la philosophie pure, ni quelque dogmatique ne résolvent le conflit fondamental entre éternité et immortalité, l’homme doit se tourner vers lui-même, car c’est en lui que gît la source de la contradiction.

V - Le triomphe de l'être

Dans quelle condition s’opère l’inexplicable fusion qui fait disparaître l’angoisse ? Il faut que la notion de la continuité temporelle soit perdue, débordée en tous sens par le sentiment de l’éternel. Alors, ce n’est pas le temps qui est nié, mais l’immortalité. Le temps subsiste dans sa nature propre de cadre de la sensibilité ; il permet la saisie de l’éternel, mais alors on ne pense plus à lui, car il est comblé. Au contact de l’être éternel transcendant le devenir, tout rêve s’évanouit. Or l’immortalité n’est qu’un rêve, celui que construit l’âme angoissée qui espère, en prolongeant indéfiniment la vie, atteindre l’être absolu auquel elle aspire.

ÉTERNITÉ ET IMMORTALITÉ

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