Le prophète de la vie face au poète du souvenir

Nietzsche et Kierkegaard, regards croisés sur l’exigence d’éternité
Nous n’expérimentons pas l’éternel, nous le devinons, de même qu’au-delà du rythme et des images harmonieusement agencées d’un poème, nous devinons l’état d’âme initial - de même que le croyant, au-delà des rites et des figurations, devine le mystère sacré de son dieu. Deviner ne veut pas dire supposer mais affirmer une réalité rendue nécessaire par des indices. Les indices de l’éternel, nous les avons expérimentés : ils sont dans la satisfaction avec laquelle nous nous abandonnons au mystère de l’inconscience, sans l’avidité avec laquelle nous cherchons à faire coïncider la conscience avec un objet éternel qui l’absorbe.

Les indices de l’éternel sont dans ce besoin de stabilité qui nous pousse à supprimer l’irréversibilité de la durée fuyante pour nous rendre maîtres de ce temps que nous tournons et retournons sur lui-même. Mais, le désir de disposer du temps ne peut appartenir qu’à un être qui le transcende par son éternité.

Le nihilisme de Nietzsche et le christianisme de Kierkegaard se rejoindront-ils sur la philosophie de l’existence temporelle, sur cette insatiable exigence d’éternité ?

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Extrait de l'incipit

Certains penseurs eurent le destin de Prométhée, mais à la condition d’orchestrer, à la manière moderne, le thème eschyléen. L’oiseau dévorateur n’est pas une invention des dieux, mais une fatalité éclose dans l’esprit humain. C’est l’exigence absurde et sans cesse renaissante d’une éternité qui n’est rien d’autre que le désir d’elle-même, que la substance d’un mythe fait vautour, oiseau magique, capable d’assumer l’impossible destruction d’une matière que sa mort même engendre. Les vieilles images grecques, Tityos, les Danaïdes et Prométhée, savent mieux que les paradoxes de Zénon, évoquer le drame de l’homme : l’impossibilité de la mort du temps.
Certains philosophes n’aiment pas la tragédie. Ils préfèrent quitter la terre glissante du devenir pour les demeures éthérées et fortifiées par la double enceinte du savoir et de la sagesse. Le temps ne peut exercer son action contre la redoute du philosophe. Le philosophe est un sage qui, une fois pour toutes, a réglé son compte à la mort. Le philosophe est un savant qui, une fois pour toutes, a maté, grâce à la « mesure » divine, cet enfant terrible qu’est le temps « fini ». Alors le philosophe se carre dans le fauteuil de l’éternité bienheureuse et emprisonne les vieux mythes dans les rets de la dialectique. Mais le vautour, anesthésié, continue sourdement son œuvre. Qu’un souffle d’air vienne à passer, le rongeur s’éveille. De son bec acéré, il exhorte son frère ennemi, l’homme cloué au rocher du devenir, à lancer la malédiction de sa parole à l’assaut des demeures éternelles. [...]

128 pages en format A5 (14.8 x 21 cm)
ISBN : 979-10-699-2254-9
Dépôt légal : mai 2018
Édition : Magister Conseil & Formation
Prix de vente : 9,90 € (hors frais d'envoi)